Alienor.org, conseil des musées, Exposition virtuelle : L'âge d'or de la peinture de marine : Le Radeau de la Méduse, manifeste du romantisme

L'âge d'or de la peinture de marine

Le Radeau de la Méduse, manifeste du romantisme

Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (Rouen 1791 – Paris 1824), dont plusieurs copies sont exposées dans les musées de Poitou-Charentes, est symptomatique de l'esprit qui habite la société civile de la restauration.

La Méduse, frégate partie de la rade d'Aix le 17 juin 1816 pour prendre possession de Saint-Louis du Sénégal cédé par les Anglais, est commandée par un « rentrant », un officier d'Ancien Régime qui n'a pas assumé de commandement depuis 26 ans, Hugues Duroy de Chaumareys. Le 2 juillet, le navire s'échoue sur le banc d'Arguin au large de la Mauritanie, pourtant celui-ci est largement connu des navigateurs. Alors que la frégate est profondément échouée sur le banc, elle essuie une tempête qui engendre d'importantes avaries et ordre est donné d'abandonner le navire. Malheureusement les canots ne sont pas assez nombreux pour l'ensemble des passagers et de l'équipage et ce sont les officiers et passagers importants qui y embarquent. Un radeau, surnommé « la machine » de 20 mètres sur sept où doivent s'entasser 152 personnes est construit pour le reste de la compagnie ; il doit être pris en remorque par les chaloupes mais les amarres qui le retiennent sont coupées ou rompues et le radeau dérive en mer pendant 13 jours avant de croiser la route du brick l'Argus, envoyé par Chaumareys pour retrouver l'épave de la frégate. L'Argus recueille à son bord les 15 survivants dont cinq mourront pendant la traversée vers Saint-Louis.

Cette histoire de naufrage aurait pu passer inaperçue : en effet le gouvernement de Louis XVIII tente de taire l'affaire, mais le tableau du naufrage présenté au salon de 1819, vu comme une critique du régime monarchiste, va engendrer un déchaînement de l'opinion publique. Géricault a une approche volontairement réaliste, interrogeant les survivants, multipliant les croquis et n'hésitant pas à observer des membres en putréfaction dans son atelier pour donner plus d'impact à sa composition, tout en interprétant librement l'événement pour en augmenter l'aspect tragique.
Cet immense tableau (de plus de sept mètres sur presque cinq) est considéré comme le premier chef d'œuvre du mouvement romantique par la tension dramatique qui s'en dégage. Pour la peinture de marine, le romantisme signifie une liberté de composition et de thèmes qui s'oppose aux derniers feux de la peinture officielle représentant des scènes historiques.

Au XIXe siècle, des peintres tels qu'Ambroise Louis Garneray ou Eugène Isabey créent des œuvres à la composition vivante et audacieuse, où mer, ciel et navires finissent par s'unir et se repousser sous une touche de pinceau qui se fait plus vive, moins léchée au fur et à mesure des expérimentations romantiques.

Copie du Radeau de la Méduse d'après Théodore Géricault. Voir la fiche de l'objet (nouvel onglet)