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Le destin d'un tableau

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Un client retrouvé

Noël Brulard, comte de Rouvre, est décédé à Paris le 13 août 1694, à l'hôtel de France, rue des Grands-Augustins soit un peu plus d'une année après la rédaction du reçu. Les scellés ayant été apposés, un sieur Gilles Isaac, maistre de l'hôtel de France, fait opposition, réclamant le paiement d'une note de 160 livres pour l'occupation d'un « premier appartement sur le derrière » et pour les dégâts occasionnés par la maladie du comte de Rouvre. Les biens personnels du comte, dont un tableau roulé du château du Rouvre, se trouvaient dans l'appartement, ce qui laisse à penser que le comte y résidait de façon habituelle. Au moment de sa mort, il avait à son service un valet de chambre et deux laquais. Son épouse en secondes noces, présente lors de la pose des scellés, était Ursulle Françoise de Simiane de Monetha.
On peut supposer que Gilles Isaac est l'hôtelier auprès duquel le comte de Rouvre avait payé son dû en 1693.

<p>La perspective du Pont Neuf de Paris dans le courant du 17<sup>e</sup> siècle</p>

La perspective du Pont Neuf de Paris dans le courant du 17e siècle

Le destin supposé du tableau à travers les héritiers du maître de l'hôtel de France

L'identité entre le maître de l'hôtel de France et le personnage portraituré semble confirmée par les divers actes notariés liés à la succession de Marguerite Isaac en 1740, peut-être fille de Gilles, non mariée, qui, à sa mort à l'âge de 75 ans - même si les âges donnés pour cette période sont souvent approximatifs - occupait deux chambres au rez-de-chaussée de l'hôtel. Le tenancier était à cette date le sieur Nicolas Levasseur, veuf de Marie Isaac.
En 1738, Marguerite Isaac avait rédigé son testament, qui désignait Michel Lefebvre, marchand chapelier demeurant rue du Four, comme légataire universel. Dans ce testament, comme dans les scellés posés après sa mort, est mentionné un tableau représentant un portrait.
Dans le court inventaire après décès, rédigé le 8 février 1740, il est fait référence à un « portrait de la défunte ». Les portraits de famille n'étaient pas prisés lors des inventaires, et de ce fait, souvent peu et mal décrits. Bien que l'inventaire après décès ne le mentionne pas, il n'est pas exclu que le portrait de Gilles Isaac ait appartenu à Marguerite au moment de sa mort en 1740, confondu avec le « portrait de la défunte » ou non mentionné car non prisé.
On ne connaît pas les liens familiaux, s'il en était, entre Marguerite et Michel Lefebvre, son légataire universel. À la mort de ce dernier, en 1742, les scellés mentionnent « sept tableaux représentant différents portraits dans leurs bordures de bois doré ». Le portrait de Gilles Isaac est-il l'un d'entre eux ?

Le portrait de Gilles Isaac ?

Le tableau a été peint en 1693-1694, et il paraît raisonnable et conforme aux données recueillies de reconnaître ce portrait comme étant celui de Gilles Isaac, maistre de l'hôtel de France situé à Paris rue des Grands-Augustins. Cet hôtel est mentionné dans le Livre commode des adresses de Paris par Abraham du Pradel, en 1692, comme un hôtel confortable (p. 317). Y résidaient donc ou y dînaient des personnes de qualité comme le comte de Rouvre ou monsieur de Beauvais. Et l'hôtelier jouissait de revenus tels qu'il ne craignait pas de se faire représenter à une table, une bourse ouverte bien garnie devant lui, occupé à compter des pièces d'or.