Le musée des beaux-arts d'Angoulême présente :

Consternation de Priam et de sa famille après le combat d'Achille et d'Hector
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Peinture à l'huile sur toile, 4,20 m x 5,96 m, de Étienne-Barthélémy Garnier (1759-1849)
Exposée au Salon de 1800 à Paris et
déposée à Angoulême par l'État en 1872.

L'oeuvre

Cette immense toile fut considérée par le peintre comme son "chef-d'œuvre". L'artiste reçut un financement et obtint un atelier au Louvre pour son exécution. Au salon de 1800, cette peinture est une des plus grandes exposées depuis longtemps. Des critiques de l'époque la considèrent comme le meilleur tableau du Salon, d'autres s'en moquent !
Conservée au musée du Louvre, puis au musée du Luxembourg, elle fut déposée par l'État au musée d'Angoulême en 1872.

Le peintre

Étienne-Barthélémy Garnier (1759-1849) obtient en 1788 le premier grand prix de Rome. Il réside en Italie à Rome, Naples, Florence, puis rentre à Paris en 1793. Le Roi, la République, l'Empire, puis les gouvernements de la Restauration lui commanderont régulièrement des peintures traitant des sujets d'histoire ancienne et contemporaine.

Le thème

On attribue à Homère, poète grec, né au IXe siècle avant notre ère, deux épopées : L'Iliade et l'Odyssée. L'Iliade retrace un épisode d'une guerre qui se serait déroulée quelques siècles plus tôt, autour de 1200 avant notre ère. Pâris, prince troyen, se voit confier la lourde responsabilité de choisir la plus belle entre trois déesses. Il choisit Aphrodite, décevant ainsi Athéna et Héra. En récompense de son choix, Aphrodite lui promet l'amour de la plus belle femme du monde, Hélène. Mais Hélène est mariée à Ménélas, roi de Sparte et frère d'Agamemnon "roi des guerriers" grecs. L'enlèvement d'Hélène par Pâris attise la rage des chefs grecs qui s'arment et traversent la mer Egée pour assiéger Troie et l'anéantir. Le siège durera dix ans. Les dieux s'impliquent dans le combat, sous le regard neutre de Zeus, leur souverain, qui pèse le destin des opposants pour leur attribuer la victoire. Après des années de combat, Hector, chef des troyens, tue Patrocle, l'ami le plus fidèle d'Achille, héros grec. Fou de douleur, celui-ci tue Hector, le dépouille de ses armes, l'attache à son char, le traîne autour des remparts de Troie, sous les yeux de sa famille. Priam, son père, va réclamer le corps d'Hector pour lui donner une sépulture digne d'un héros.

Le chant XXII de l'Iliade, qui sert de support au tableau, relate la mort d'Hector, tué par Achille lors d'un combat singulier devant les remparts de Troie. Hector tombe, Achille le dépouille de ses armes.

L'horizon, la mer, la ville

Troie ou Ilion, est située sur la côte asiatique de la Turquie, à proximité du détroit des Dardanelles. Elle a été localisée par les archéologues à Hissarlik, actuel village turc, situé à environ 200 kilomètres au nord d'Izmir.

C'est en suivant les descriptions données par Homère dans l'Iliade que l'archéologue allemand Schliemann découvrit en 1868 un site qu'il identifia comme celui de Troie, composé des ruines de plusieurs villes superposées. L'une d'entre elles, datée du XIIIe siècle, présente des traces de lutte et d'incendie. Il pourrait s'agir de la Troie homérique.

Troie est présentée dans l'Iliade comme une ville majestueuse et d'une grande richesse. La ville est située sur une hauteur, à proximité du fleuve Scamandre. Elle possède une acropole (ville haute), de nombreux temples, plusieurs vastes palais.

Le style

À la fin du XVIIIe siècle en Europe, l'inspiration des artistes s'est nourrie de la période antique, notamment greco-romaine, du caractère héroïque des personnages de la mythologie et de l'histoire, et des richesses décoratives mises à jour lors des fouilles archéologiques de sites antiques.
Costumes et décors furent représentés avec une grande précision archéologique, dans des scènes souvent tirées de thèmes homériques, et magnifiant les vertus patriotiques dans un style linéaire rigoureux. Ces œuvres, dites néo-classiques, expriment une foi esthétique et morale dans les valeurs du monde antique.

 

"Chante la colère, déesse, du fils de Pélée, Achille, colère funeste, qui causa mille douleurs aux achéens, précipita chez Adès mainte âme forte de héros, et fit de leurs corps la proie des chiens et des oiseaux innombrables : la volonté de Zeus s'accomplissait."

Priam : "Cessez, amis, et laissez-moi seul, malgré vos inquiétudes, sortir de la ville et aller aux vaisseaux achéens. Je veux supplier cet homme fou d'orgueil, ce violent, pour voir s'il respectera mon âge et aura pitié de ma vieillesse. C'est moi, plus que tous, qu'il a fait souffrir, tant il m'a tué d'enfants florissants ! Sur eux tous, cependant je ne pleure pas tant, malgré mon affliction, que sur un seul, dont le regret aigu me précipitera chez Hadès, sur Hector. Que n'est-il mort entre mes bras ! Alors nous nous serions rassasié de pleurs et de sanglots, la mère qui l'a enfanté, l'infortunée ! et moi-même."

Hécube : "Mon enfant, malheureuse que je suis, pourquoi vivrais-je, après ces maux terribles, quand tu es mort, toi qui pour moi, nuit et jour, était mon orgueil dans la ville, et pour tous le salut, pour les Troyens et les Troyennes de la cité, qui, comme vers un dieu, tendait vers toi les mains ? C'est que pour eux aussi tu étais une grande gloire, quand tu vivais ; mais maintenant, la mort et le sort t'ont atteint. "

Andromaque : "Or, quand elle arriva au rempart et à la foule, elle s'arrêta, regardant partout, debout sur le mur. Et elle l'aperçu, traîné devant la ville ; les chevaux rapides le traînaient sans pitié vers les vaisseaux creux des Achéens. Sur ses yeux descendit une nuit sombre, qui les voila ; elle tomba à la renverse, et rendit l'âme.

Pâris : "Pâris, si beau à voir, fou de femmes, lanceur d'oeillades, ah ! que n'es-tu impuissant ! Que n'es-tu mort sans te marier ! Oui ! Je le souhaiterais ! Cela te vaudrait bien mieux que d'être ainsi un objet de honte. De rien ne te serviront cette cithare, ces dons d'Aphrodite, cette chevelure, cette beauté, quand tu seras mêlé à la poussière. Certes les troyens sont craintifs ; sans cela, déjà, ils t'auraient revêtu d'une tunique de pierre, pour tous les maux que tu leur as fait."