Alienor.org, conseil des musées. Un regard, une œuvre / Pyrame et Thisbé : L'expression dramatique (suite)


Pyrame et Thisbé

L'expression dramatique (suite) (page 2 de 2)

 

Les lignes marquantes du tableau qui participent de la composition sont d’abord des courbes : celle de la percée lumineuse vers le lointain, celles du corps de Pyrame au sol : la courbe de son bras gauche qui se prolonge par le chapeau et son panache, celles dans l’autre sens faites par le manteau étalé et à côté par le voile de Thisbé, les frondaisons qui entourent la scène s’organisant en masses arrondies.  Ces courbes s’opposent à l’angle aigu, formé par le corps de Thisbé, debout et s’appuyant sur l’épée dressée, la pointe contre son cœur.

Cette composition concentrique des lignes en opposition avec l’angle créé par les diagonales de Thisbé et de l’épée focalise le regard sur le point le plus dramatique de la scène.

Les lignes de construction de « Pyrame et Thisbé » Les lignes de construction de « Pyrame et Thisbé » Les lignes de construction de « Pyrame et Thisbé », en bleu, les lignes courbes s'enroulant autour de l'angle aigüe (en jaune) formé par le corps de Thisbé et la lame de l'épée.
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La trouée de lumière au fond du tableau d’une tonalité vert bleu plus claire permet au peintre de situer l’histoire dans l’espace en montrant au loin la ville. Ce principe de trouée derrière des frondaisons vers un paysage lointain est une manière de donner une profondeur au tableau, introduisant une ligne de fuite avec une ébauche de perspective. C’est un registre formel souvent employé dans les peintures flamandes, à la fin du XVIème et début XVIIème siècle ; on le trouve en particulier chez Jan Brueghel de Velours.

Détail (gauche) de « Cérès » ou « Allégorie de la terre », la ville dans le lointain Détail (gauche) de « Cérès » ou « Allégorie de la terre », la ville dans le lointain Cérès ou Allégorie de la terre, Jan Brueghel de Velours, huile sur bois, musées de Saintes
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L’œuvre peut être assimilée au style baroque, par son utilisation des couleurs chaudes, son thème dramatique, ses lignes courbes. Certes on est loin du baroque flamboyant, plein de chair, d’allégories et de lyrisme de Rubens qui est le peintre baroque le plus percutant de l’époque. Cependant la maîtrise de la couleur avec son opposition  de teintes chaudes et froides, son emploi du clair obscur développé par le précurseur Caravage, l’utilisation des lignes courbes et de timides arabesques et surtout l’action dramatique représentée comme si elle était en train de se produire devant les spectateurs, permettent de positionner ce tableau dans les débuts de la peinture baroque. Le peintre a traité cette tragédie antique comme un sujet actuel de son époque. Les personnages sont vêtus à la mode du temps et il met le spectateur en face d’une action en train de se faire, au terme de son aboutissement dramatique.