Alienor.org, conseil des musées. Un regard, une œuvre / Pyrame et Thisbé : Le sens du thème de Pyrame et Thisbé


Pyrame et Thisbé

Le sens du thème de Pyrame et Thisbé (page 1 de 3)

 

Dans la Contre-Réforme, l’amour est un thème central pour l’édification des fidèles. L’Église catholique s’appuie sur les passions humaines et, plutôt que de les nier, propose de les transcender dans l’oubli de soi, vers l’amour de Dieu. La passion amoureuse fusionnelle entre un homme et une femme est pour l’idéologie protestante une situation qui ne peut aboutir qu’à sa destruction. L’amour venant du désir charnel n’est pas un gage de bonheur durable, toute union basée sur cette notion du désir ne peut qu’être éphémère, donc destructrice.  L’Église catholique ne nie pas la passion, mais préfère s’en servir pour la transformer en passion divine : elle espère ainsi mettre fin aux abus de mœurs, contrôler et canaliser les passions terrestres, tout en impressionnant les esprits ; la mort par exemple ne représente pas une souffrance morale, mais plutôt une évidence métaphysique. Elle est utilisée comme métaphore du temps qui passe, de l’irrémédiable, et de l’éphémère.

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Avec Pyrame et Thisbé,  on est dans le drame de l’amour passionnel et absolu dont l’aboutissement est tragique. Ce conte, qui rappelle certains thèmes de l’amour courtois de l’époque médiévale, est tout à fait acceptable pour la hiérarchie catholique, d’où sa large diffusion au XVIIème siècle. Tous les artistes qui l’ont figuré en gravure, en sculpture ou en peinture ont représenté la scène finale : le suicide de Thisbé. Le public à qui étaient destinées ces œuvres était sans doute familier des diverses péripéties de l’histoire ; cette fable devait être une référence connue, comme l’est actuellement le thème de Roméo et Juliette.

Le double suicide des amants peut être interprété comme une condamnation de l’amour passion qui pour l’Église, malgré les contradictions apparentes, conduit au libertinage qu’elle voulait combattre. La mort n’est en fait qu’un passage pour aboutir à une union qui s’inscrit dans l’au-delà céleste. En clair, la passion amoureuse fusionnelle, qui va à l’encontre des interdits sociaux, ne peut se résoudre que dans l’amour de Dieu.