Alienor.org, conseil des musées. Un regard, une œuvre / Pyrame et Thisbé : Le sens du thème de Pyrame et Thisbé (fin)


Pyrame et Thisbé

Le sens du thème de Pyrame et Thisbé (fin) (page 3 de 3)

 

Sainte Thérèse d’Avila qui, après avoir vécu dans le siècle, se retire au couvent et met sa nature passionnée au service de Dieu est l’exemple même de ce mysticisme qui anime l’esprit baroque. L’amour fusionnel, pur et passionné de Pyrame est Thisbé rappelle ses extases mystiques qui étaient à la fois souffrances extrêmes et plaisir suprême. Ne dit-elle pas : « Je voyais entre les mains de l’ange un long dard qui était d’or, et dont la pointe de fer portait à son extrémité un peu de feu, il me semblait qu’il me passait ce dard au travers du cœur, et l’enfonçait jusqu’aux entrailles. Quand il le retirait, on eût dit que le fer les emportait après lui, et je restais tout embrasée du plus ardent amour de Dieu ».1

La similitude est frappante entre cette vision de sainte Thérèse et l’épée s’enfonçant dans le cœur de Thisbé. Thérèse est dans un amour de Dieu fusionnel qui lui procure à la fois souffrance et plaisir. Elle ne craint pas la mort.

Pour nos deux amants, leur suicide est cependant empreint d’une dimension érotique, à travers le symbole de l’épée que Thisbé s’enfonce dans le cœur.
Le geste de Thisbé est à la fois le comble de la souffrance et l’acmé du plaisir, elle rejoint enfin son amant. Ce suicide renvoie à ce que dira plus tard Freud : « Or, il semble précisément que le principe du plaisir soit au service de l’instinct de mort »2
N’est-on pas devant cette tragédie dans le même paroxysme que les extases mystiques ? L’art baroque qui agit sur la pluralité, la contradiction, montre parfois les deux versants d’un même état : le réel est indissociable du rêve, comme la vie l’est de la mort.

Pour l’Église, la mort est la rencontre avec Dieu, l’ultime but de la vie, à la fois souffrance suprême et délivrance. À travers cette légende antique réactualisée, c’est cette contradiction profonde que le peintre veut exprimer. Il en fait une image propre à frapper les imaginations.


1. Thérèse de Jésus, Vie de Sainte Thérèse écrite par elle-même, Tome I : citée par Laurence Follézou dans La fureur et l’éblouissement.

2. Sigmund Freud, Au-delà du principe de plaisir, p. 58