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Créer un nouveau musée : du projet à l'ouverture


Introduction :


Depuis le début des années 90, un nombre important des musées est en chantier dans la région Poitou-Charentes. Certains ont dû totalement être fermés au public, d’autres proposent des visites sur une partie restreinte des collections.
De manière générale, ce sont la vétusté des lieux et de la muséographie, l’impossibilité de garantir en l’état la bonne conservation des objets mais aussi le développement de pôles culturels forts décidés par les élus qui conduisent à la nécessité d’engager les travaux longs et complexes d’un nouveau musée.
Pour un regard extérieur, il peut se passer une longue période entre l’annonce de la mise en chantier d’un musée et son inauguration. Loin de se limiter à un travail de gros œuvre, la création d'un tel établissement prend souvent une dizaine d’années. Ce dossier vous propose la présentation de la partie immergée de ce vaste chantier, vous exposant les différentes phases qui conduisent à l’élaboration du futur musée.
A l’aide des exemples de huit sites en travaux au printemps 2003, un tour d’horizon des différentes étapes permettra de mieux se rendre compte de la complexité et de l’ampleur des réalisations. Nous verrons ainsi que quelle que soit la nature du chantier, création ou rénovation d’un musée, et malgré certaines spécificités, la nature et l’importance de la tâche restent les mêmes.

 

Avant les travaux sur le bâtiment :

La phase d’études scientifiques « théoriques » : le projet culturel scientifique et la programmation scientifique des collections.

Le projet culturel et scientifique est nécessaire à la mise en place du chantier de musée. Il est rédigé par le responsable d’établissement assisté de son équipe scientifique. Il décrit les grands axes thématiques liés aux collections, à leurs besoins en terme de conservation et à leurs bonnes adéquations entre propos scientifiques et muséographiques.

La « programmation scientifique des collections » découle de ce texte. Il s’agit d’une étude des différents objets qui seront présentés dans le futur musée. Ceci implique un lourd travail d’inventaire, de documentation autour des objets, de sélection et de cahier des charges pour leur mise en exposition selon des critères définis par le souci de leur bonne conservation (lumière, climat...).
A ce stade, des sondages sur les lieux du chantier sont systématiquement effectués en vue de fouilles archéologiques si le terrain révèle une occupation antérieure du sol significative.

 

La phase d’études techniques, administratives et architecturales : de l’étude de programmation à l’avant-projet détaillé

L’étude de programmation architecturale, technique et muséographique, est confiée à un cabinet de programmation (ou programmiste). Cette étude traduit en termes de surfaces, de logistique (bureaux, ateliers pédagogiques, salle de conférence...), d’espaces de présentation des collections, les besoins exprimés à travers le projet culturel et scientifique. Après une collaboration avec les différents partenaires, le programmiste réalise le « programme architectural et technique » qui constituera, avec le projet scientifique et culturel, le cahier des charges nécessaire à l’étape suivante, le travail de l’architecte.

Un concours d’architecte est organisé. L’architecte et son équipe réalisent des études – « Avant projet sommaire » et « Avant projet détaillé » puis en phase finale le « Projet »- destinées à fournir tous les éléments techniques en matière d’aménagement architectural et muséographique et ce jusque dans les moindres détails tels que l’aspect et le fonctionnement des vitrines lors de la phase Projet.

 

La phase de construction du bâtiment et des locaux annexes : stockage des œuvres, gros œuvre et muséographie.

 

L’importance des réserves pour la conservation des collections.

En amont du chantier du bâtiment, à plus forte raison lorsqu’il s’agit d’une rénovation, il importe de prévoir l’aménagement de réserves, qui servent à stocker et conserver les objets qui ne sont pas exposés ou qui seront entreposés le temps des travaux. Des aménagements spécifiques sont à prévoir en fonction des types de collections (les tableaux se stockent sur des grilles coulissantes par exemple) et des normes sont à respecter impérativement pour donner aux objets stockés les meilleures conditions de conservation (climat, éclairage, types de revêtement de sol et de peinture).

Le conditionnement des œuvres (emballage) répond également à des normes selon les types de collections (pour les tissus par exemple du coton non acide...). De plus, un travail de conservation préventive sera engagé pour se prémunir de tous risques d’infestation dans les réserves.


La phase de construction du bâtiment : le gros œuvre.

Une fois les études terminées et le projet validé, l’architecte organise pour la collectivité un Dossier de consultation des entreprises pour lancer l’appel d’offre aux entreprises.

L’intervention de l’architecte sur un chantier de rénovation est capitale et ses études doivent être constamment analysées par la collectivité et le responsable du musée pour vérifier si les propositions de l’architecte et de son équipe sont bien en adéquation avec ce qui est demandé. Les fonctionnalités architecturales doivent être vérifiées et en général la collectivité s’associe les services d’une « assistance à maîtrise d’ouvrage » à travers les compétences du programmateur. Cette mission se déroule jusqu’au rendu de l’avant projet détaillé et vérifie l’adéquation entre le programme (document rendu par l’étude de programmation) et le projet rendu par l’architecte.
Les travaux se succèdent : construction ou consolidation des fondations, ravalements de façade à l’extérieur et décloisonnement à l’intérieur des anciens bâtiments, intervention des couvreurs, des peintres, des menuisiers, mise en place de l’électricité et des équipements sanitaires… Les entreprises se relaient pour livrer un bâtiment aux normes, prêt à accueillir les collections.
A noter que cette phase peut être assujettie à des travaux supplémentaires dans les rénovations de constructions anciennes. C’est le cas, par exemple, lorsqu’il s’agit d’effectuer le complet désamiantage du bâtiment ou de retirer toutes traces de peinture au plomb.

Enfin comme tous les chantiers importants à ciel ouvert, la rénovation d’un musée est tributaire de la météo. En effet, des projets furent retardés suite à la tempête de décembre 1999. En effet, la somme des dégâts dans la région fut telle que les entreprises sollicitées par appels d’offre furent débordées et refusèrent momentanément de s’investir dans un chantier de musée.

 


Avant l’ouverture du nouveau musée : mise en place des collections dans le cadre de la muséographie.

L’équipe de muséographie au sein de la maîtrise d’œuvre travaille sur la mise en exposition et la scénographie - plus ou moins poussée - des collections. Elle doit donc travailler sur tous les éléments qui concourent à présenter les objets : implantation dans les salles, ambiances, systèmes d’accrochage, de soclage, de vitrines, d’éclairage, éléments de signalétique, équipement mobilier, charte graphique, système de sécurisation des œuvres et système de conservation des objets (exemple bacs à silicagel). Les équipements informatiques à destination des visiteurs (type borne interactive multimédia) sont mis en place. En parallèle, une phase de formation du personnel est à prévoir pour lui permettre d’être en mesure d’accompagner les futurs visiteurs.

 

Les exemples de chantier des musées en Poitou-Charentes :

Musée Sainte-Croix, Poitiers.

État au printemps 2003 :

Le musée est en phase de programmation scientifique et culturelle. Le conservateur et son équipe scientifique réalisent un travail d’étude sur l’inventaire. Le but est de sélectionner les objets de musée qui s’intégreront au parcours de l’exposition permanente et de prévoir, le cas échéant leur restauration. Cette sélection servira de point de départ aux propositions des architectes et des muséographes.
Parallèlement, un audit de conservation préventive est en cours par un cabinet expert. Ce cabinet est chargé de dresser un bilan sur le climat et les équipements du musée ainsi que sur l’état des collections et les nécessités de traitements en matière de conservation préventive et de restauration.

 

Musée de la Bande Dessinée, CNBDI, Angoulême.

• État au printemps 2003 :

Le musée, sous la direction du nouveau Conservateur Gaby Scaon, est au stade de l’étude de programmation afin de préparer le concours d’architecte. Un travail d’inventaire et une politique de numérisation des œuvres sont donc engagés.
Afin de poser clairement et concrètement les bases du nouveau musée et pour permettre une présentation des collections, l’équipe scientifique propose une exposition temporaire maintenue jusqu’à l’ouverture du nouveau musée : « les musées imaginaires », sorte de laboratoire pour le futur musée.

 

Musée des Beaux-Arts, Angoulême.

• État au printemps 2003 :

L’avant-projet détaillé est en cours de finalisation par le cabinet d'architectes.
En parallèle aux travaux de déménagement des collections, des réflexions sont menées afin de définir la dernière phase du projet, le fonctionnement du musée à son ouverture : modalités d'accès, d'accueil et propositions pédagogiques par un personnel formé.
D'autre part, un important travail scientifique sur les collections est en cours : récolement d’inventaire, informatisation, numérisation, constats d’état.
Un travail scientifique des collections sur l’inventaire est mené avec politique de numérisation des objets et réalisation de constats d’état.
Sur ce dernier point, si certains objets présentent des risques sanitaires, ils sont dépoussiérés et traités par anoxie par l’équipe du musée préalablement formée aux méthodes de conservation préventive.

Chaque objet – après son éventuelle phase de traitement préventif – est conditionné avec soin par des matériaux neutres dans une caisse conçue à cet effet. Ainsi, quel que soit l’avenir de l’objet (mis en réserve ou exposé dans le futur musée), sa conservation préventive sera garantie.

 

Musée d’Art et d’Histoire, Rochefort.

• État au printemps 2003 :

Totalement fermé au public, le musée a été vidé de ses collections qui sont stockées pendant la durée des travaux dans les nouvelles réserves construites en 2002. Cette première réalisation dote la ville de réserves aux normes de conservation des objets de musée.
Le projet architectural retenu prend en charge à la fois l’architecture et la muséographie dans un souci d’épuration des espaces et d’un travail sur la lumière.
Comme c’est parfois le cas dans certains chantiers, les travaux s’effectuerons en plusieurs tranches : la tranche « bâtiment » d’une part et la tranche « muséographie » d’autre part.
La tranche « bâtiment » est au terme de l’avant projet détaillé, les différents appels d’offre aux entreprises ont été lancés pour permettre la mise en route du gros œuvre dans les prochains mois à s’avoir la destruction de l’intérieur du bâtiment.
La tranche « muséographie » suivra puisque l’avant projet détaillé devrait être bouclé au plus tard en septembre 2003.

 

Muséum d’histoire naturelle, La Rochelle.

• État au printemps 2003 :

Au préalable, une première tranche de travaux, achevée en 1999, a permis la création de nouvelles réserves. Situées en sous-sol, elles permettent aujourd'hui de garantir la conservation des objets selon les normes en vigueur.
L'aménagement des réserves a été pensé pour permettre un stockage optimal des objets (utilisation de compactus : étagères mobiles sur rails) et l'étude des pièces par les scientifiques (création de salles de laboratoire).

De même, le bâtiment Fleuriau rénové (ancienne orangerie) accueille désormais la bibliothèque scientifique et la conservation.
Le gros œuvre est en cours dans le bâtiment Lafaille : les salles d'expositions permanentes aujourd'hui partiellement déménagées (quelques-unes restent accessibles au public) se transformeront en un vaste espace d'exposition distribué sur cinq niveaux. Pour prévoir la réinstallation des objets, des marquages au sol délimitent les emplacements et les tailles des futures vitrines.

Une salle spacieuse de conception contemporaine (250m²) est gagnée sur le sous-sol et permettra d'accueillir des expositions temporaires didactiques et grand public, de créer des événements culturels forts.
Enfin, le Jardin des Plantes retrouve sa vocation première et est à nouveau associé au Muséum : après une phase de réaménagement, ce « jardin des essences du monde», attenant à une serre rénovée et dédiée aux animations pédagogiques, est d'ores et déjà entièrement intégré au parcours du musée.


Musée Bernard d’Agesci, Niort.

• État au printemps 2003 :

Le chantier de gros œuvre est commencé afin de transformer en musée l’ancien lycée Jean Massé fermé en 1995. Les murs extérieurs sont conservés mais la totalité du reste de l’ancienne structure est entièrement refondue pour les nouveaux espaces. Pour l’anecdote, un pan du bâtiment a été percé temporairement d’une large ouverture pour permettre la circulation des engins et des matériaux dans la cour intérieure. On y creuse aussi les futures réserves.

Ces travaux de gros œuvre ont été entrepris non seulement pour le futur musée mais aussi dans un bâtiment annexe qui accueillera les bureaux de la Conservation dès l'été 2003.

Musée des Arts du cognac, Cognac.

• État au printemps 2003 :

Le gros œuvre est juste achevé, 1600 m² de surface ont été créé pour le nouveau musée. La mise en place de la muséographie va pouvoir commencer.
Ce nouveau bâtiment s’élève sur d’anciennes friches industrielles et se développe en englobant un hôtel particulier dont la façade, classée, a été préservée. Outre cette dernière construction restaurée, c’est un bâtiment résolument contemporain qui a été érigé.

L’extérieur en utilisant la pierre calcaire s’insère à la ville et intègre l’ancien mur d’enceinte du 17e siècle redécouvert grâce au projet.

L’intérieur se déploie en une succession de vastes espaces et de pièces plus intimes où les matériaux utilisés (fer, bois de chêne, verre) soulignent la relation entre la thématique du musée et l’industrie du cognac. Certaines salles déjà en cours d’aménagement imiteront des lieux de vie (chai pour présenter le pressoir conservé au musée, salon bourgeois du 19e siècle pour évoquer le conditionnement final du produit).

 

Musée des Cordeliers, Saint Jean d’Angely.

• État au printemps 2003 :

Le musée se prépare à ouvrir ses portes en juillet. A ce stade, la muséographie et les œuvres sont mises en place.
Auparavant, le bâtiment a été rénové, son aspect extérieur du 19e siècle a été préservé. Seul ajout extérieur notable : un couloir permet de relier un pavillon isolé au bâtiment principal et rétablit ainsi un effet de symétrie.
L’intérieur a totalement été repensé autour d’un puits de lumière zénithale autour duquel deux escaliers focalisent la circulation dans l’exposition. De vastes baies percent les étages et permettent pour les visiteurs d’envisager l’ensemble du parcours.
Des bornes multimédia, réalisées en interne, proposent des séquences vidéo constituées à partir du fond photographique du musée. Placées tout le long du parcours, elles offrent un complément d’information et intègrent le son à la muséographie globale du musée.