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© Musée Sully Châtellerault
La restauration de la statue de Saint Nicolas de La Brelandière

 

ORIGINE DE SAINT NICOLAS

Saint Nicolas serait né en Asie Mineure vers 270 après J.C et aurait été évêque de Myre, petite ville maritime d'Anatolie.
Il aurait fait beaucoup de miracles, notamment, la résurrection de trois enfants qui, ayant demandé l'aumône à un boucher, sont tués par celui-ci pendant leur sommeil, découpés en morceaux et jetés dans un saloir pour être vendus aux clients.

La sculpture représente les trois enfants aux pieds de Saint Nicolas, encore assis dans leur baquet, au moment de leur résurrection.


La statue de Saint Nicolas de la Brelandière a été restaurée par les étudiants de l'Institut de Formation de Restauration des Œuvres d'art (École Nationale du Patrimoine) dans les ateliers de la section "sculpture".

Il existe actuellement en France quatre écoles formant au métier de "conservateur-restaurateur" reconnues par l'État :
* Institut de Formation de Restauration des Œuvres d'art (École Nationale du Patrimoine)
* Maîtrise des sciences et techniques en conservation restauration des biens culturels à Paris I, Sorbonne
* École Régionale des Beaux-Arts de Tours, section conservation-restauration des œuvres d'art sculptées
* École d'Art d'Avignon, section conservation-restauration des œuvres peintes

Le diplôme est obtenu après une formation de quatre années sanctionnée par des épreuves de fin d'études.

 

DÉONTOLOGIE DE LA RESTAURATION


La restauration aujourd'hui respecte l'objet dans son intégrité. Elle s'attache à le modifier le moins possible et n'intervient que lorsque son état le nécessite.

La restauration doit respecter trois principes essentiels :


- stabilité : les matériaux utilisés doivent être stables dans le temps.
- réversibilité : l'intervention doit être réversible car l'oeuvre doit pouvoir retrouver son état antérieur si nécessaire.
- lisibilité : l'intervention doit être visible pour un œil exercé.


Elle comprend des opérations de :


- conservation visant à prolonger la vie de l'objet en éliminant les dégradations et leurs causes.
- restauration visant à améliorer la présentation de l'œuvre.



ÉTAT AVANT RESTAURATION


Lors de sa découverte en 1910, la statue du Saint Nicolas a été nettoyée ; les quatre morceaux la constituant ont été rassemblés grossièrement sans tenir compte des manques, par exemple le cou qui n'existe plus.

La sculpture a reçu des mutilations irréversibles :

- le visage n'a plus de nez ; le menton a subi un éclat ; le cou a disparu
- la mitre qui coiffe le Saint est incomplète
- les mains sont cassées au niveau du poignet
- le thorax est percé d'un large trou
- le flanc droit est lacunaire
- les plis et les reliefs saillants sont épaufrés
- le baquet et les trois corps des enfants/soldats sont brisés
- le dos présente un éclat provoqué par un coup de pioche

 

LES TECHNIQUES DE MISE EN ŒUVRE

La restauration du Saint Nicolas a été le moment privilégié pour analyser et comprendre les techniques qui ont permis son élaboration : le matériau dans lequel il est sculpté, les outils qui ont permis d'établir les volumes, la polychromie qui le revêt.

MATERIAU

Le Saint Nicolas a été réalisé dans un seul bloc de calcaire fin taillé. Les analyses au Laboratoire de recherche des Monuments Historiques ont établi qu'il s'agit d'un calcaire différent du tuffeau et des calcaires du Poitou. Il a donc été importé à Châtellerault.


TAILLE DE LA PIERRE

Différents outils ont été utilisés pour obtenir les volumes de cette sculpture en ronde-bosse :
Le bloc monolithe a été dégrossi à la scie.
Les reliefs ont été obtenus à l'aide de :
- ciseaux droits ; traces dans le creux du baquet des enfants
- gouge méplate, gradine, ripe : traces dans le dos du Saint Nicolas
Pour éliminer les traces d'outils et lisser la surface de la pierre, une ripe à dents triangulaires a été passée sur toute la surface.
Les décors de la mitre ont été obtenus avec une pointe, ceux du col du vêtement avec un poinçon.

 

POLYCHROMIE

Le Saint Nicolas était entièrement polychrome - peint en plusieurs couleurs - sauf le dos, ce qui permet de dire que la sculpture n'a pas été conçue pour être vue sous toutes ses faces : c'est une sculpture d'applique.


Le calcaire étant une pierre poreuse, il a fallu passer un "bouche-pores" qui isole sa surface et la rend imperméable. Il est ici de couleur ocre-jaune.
La polychromie a ensuite été appliquée.

D'après les traces que l'on trouve, on peut établir les couleurs qui faisaient chatoyer la sculpture.
- Le visage avait des carnations rose beige pâle ; les yeux étaient noirs, leurs extrémités soulignées de rouge.
- La mitre était sans doute dorée à la mixtion (traces d'ocre foncé). Les cabochons étaient dorés et recouverts de glacis rouge et vert. La mitre était donc "éclatante".
- La calotte était rouge.
- Le chef d'amict était rouge vif.
- L'aube était blanche.
- La chape était bleue, d'un bleu azurite ; le revers était vert amande ; les orfrois qui bordent la chape et le bijou qui la ferme étaient peut-être dorés.
- Le baquet dans lequel se tiennent les enfants était marron.

Cette sculpture était donc à l'origine vivement colorée : rouge, bleu, vert, blanc, elle comprenait des parties dorées.

 

PROLONGER LA VIE DE LA SCULPTURE.
CONSTAT AVANT RESTAURATION


La statue de Saint Nicolas penche en arrière. Elle est instable car le remontage de la sculpture n'a pas respecté l'inclinaison originelle de l'œuvre.

Les matériaux employés lors de la précédente restauration sont dangereux pour l'œuvre :

- le fer des goujons peut se corroder en présence d'humidité, augmenter de volume et provoquer des fissures dans le calcaire.
- le ciment des scellements et des comblements présente des sels solubles susceptibles de rendre le calcaire pulvérulent.

La surface de la sculpture est par endroit recouverte de terre qui cache la polychromie dont les pigments sont pulvérulents.

La sculpture est donc instable, fissurée, pulvérulente et sale.



PROLONGER LA VIE DE LA SCULPTURE.
INTERVENTIONS DE CONSERVATION


1. Démontage de la sculpture :
* retrait du ciment noir au scalpel et au micromoteur.
* retrait des goujons métalliques quadrangulaires et dentés au ciseau à pierre et à la perceuse.

2. Nettoyage :
* suppression de la terre d'enfouissement avec une brosse douce.
* refixage de la polychromie avec un éther de cellulose.

Nettoyage de la pierre et du bouche pores à la gomme et à la terre diatomée.
Nettoyage des plans de cassure à la micro sableuse.

3. Remontage réversible :
Le système utilisé est celui de goujons pénétrant dans des fourreaux en acier inoxydable.
* goujons et fourreaux sont maintenus par des clavettes qui empêchent les blocs peu jointifs de pivoter.
* le montage a été consolidé par l'ajout de plots d'araldite mêlé à un durcisseur.


AMÉLIORER LA PRÉSENTATION ET LA LISIBILITÉ DE LA SCULPTURE
RESTAURATION


Une fois les quatre parties de la sculpture correctement assemblées, il est apparu des manques de matière : entre la tête et le cou, entre le buste et le tronc, entre le tronc et la partie inférieure...
Ces manques créent un jeu d'ombres qui perturbe la vision de la sculpture.
Ils sont si importants que dans la zone du cou (complètement lacunaire) et dans le bas du vêtement à droite, les structures métalliques des goujons sont visibles.

Comblement des lacunes

Il a donc été décidé de combler les lacunes pour donner une certaine cohérence à l'ensemble.
La sculpture étant très lacunaire, on n'a pas cherché à lui redonner les formes qu'elle pourrait avoir eues à l'origine :
- la partie inférieure a été comblée avec un mélange de poudre de pierre ; il a été réalisé en retrait par rapport à la surface sculptée, sans donner de modelé mais en imitant de fausses cassures ;
- le cou a simplement été mis en forme avec le moins d'indications possible, sans essayer de reconstituer le vêtement dont Saint Nicolas pouvait être habillé.

Les règles de la déontologie de la restauration ont donc été respectées : stabilité, réversibilité, lisibilité.

Retouches

Pour atténuer la différence des coloris entre les comblements et la surface originale de la sculpture, une retouche à l'aquarelle a été effectuée sur le matériau de bouchage.