Le petit musée à l'origine
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Cette pièce, de loin la plus documentée, permet l'approche la plus fine. Elle a fait, il y a quelques années, l'objet d'une étude très poétique de Michèle Naturel, aujourd'hui directrice du musée Bertrand de Châteauroux1. Elle y fait la part belle au Théâtre de Peau d'Âne, dont les petits personnages et les décors subsistent toujours, entreposés dans les réserves. Ce travail est fondamental mais il n'aborde pas le côté intime de ce qui n'est pas que le « musée de l'enfance » mais bien le « musée secret » de l'écrivain. De cet aspect découle l'appellation « petit musée », aujourd'hui adoptée parce que plus appropriée à sa réalité.

 

Le « petit musée » existe encore de nos jours, bien que très délabré et privé de la majeure partie de ses collections, disparues, déplacées ailleurs dans la maison ou remisées dans les réserves pour des raisons de conservation. Depuis le printemps 2010, la pièce a même dû être sécurisée par un coffrage du fait de l'état alarmant du plafond. Les aménagements initiaux demeurent toutefois en place. Réalisés à partir de 1860, ils sont complétés tout au long de la jeunesse de Julien Viaud. Il s'agit en fait d'une fort petite pièce, installée dans ce qu'il désigne comme un « galetas », dans laquelle on pénètre par une porte basse donnant sur la galerie de la salle gothique, et prenant jour par une unique fenêtre, plus large que haute, donnant au sud – sud-ouest. Hormis l'emplacement de ces deux ouvertures, toutes les parois sont occupées par des étagères de menuiserie de bois blanc recouvert de papier et une partie du sol l'est par une caisse vitrée : l'aquarium réalisé, comme sans doute la plupart des aménagements, par la tante Claire, complice affectionnée de toutes les entreprises de son neveu.

À l'origine ce musée est un cabinet d'histoire naturelle à l'image de celui du grand-oncle Henri Tayeau, ancien chirurgien de marine, pourvoyeur d'une partie des collections. S'y côtoient les créations de la nature provenant de la mer, de la terre ou du ciel, et des objets exotiques.

 
 

Les deux petits meubles situés face à la porte contiennent, protégés par des vitres, la collection de coquilles. Elles font l'objet d'une classification scrupuleuse apprise auprès du vieil oncle, consignée dans un cahier et reportée sur une pastille de papier numérotée collée sur chaque spécimen. C'est l'accroissement continu de cette dernière collection qui a entraîné, semble-t-il, des aménagements complémentaires de cet espace déjà si exigu.

De l'autre côté de la pièce, des étagères protégées par des voiles de gaze sont plus particulièrement dévolues aux reptiles, aux oiseaux et aux mammifères, empaillés, à l'état de squelette ou en bocal. Le règne végétal est aussi présent sous la forme de lichens et fougère enfermés dans des boîtes vitrées. À la différence des meubles aux coquilles cette présentation répond moins à un système de taxonomie qu'à une volonté de mise en scène. Cette primauté de l'effet sur la vérité scientifique culmine avec l'aquarium déjà évoqué qui n'est autre que l'extraordinaire reconstitution, grandeur nature, d'un morceau de barrière corallienne où, sur du sable, parsemé de petits blocs de calcaire perforé que l'on trouve à Oléron, des madrépores et autres coraux des mers chaudes sont peuplés de véritables coquillages et de poissons factices en papier gouaché cousu.

Au tout début de son histoire, le musée est, comme il a été dit, une sorte de cabinet de curiosité à l'ancienne mode, où seule la présentation des coquilles répond à une préoccupation scientifique. La collection s'est constituée au fil des opportunités et se trouvent réunis les fruits des collectes locales de Julien et les cadeaux exotiques du grand-oncle et du frère, telle la fameuse maquette de pirogue offerte par Gustave.


1 « Le musée d'enfance, les collections naturalistes et le Théâtre de Peau d'Âne », in « Les escales du Temps », Les carnets de l'exotisme, 3, éditions Kailash, Paris, 2002, 229-241.