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Une histoire de rouge : la sanguine

 

 

Sanguine, vous avez dit sanguine...

La pierre naturelle constitue un matériel graphique très répandu, qu’il s’agisse de la calcite pour le blanc, du charbon pour le noir, de l’argile pour l’ocre ou de l’hématite pour la sanguine.

Variété d’argile ferrugineuse assez couramment répandue, la pierre de sanguine ou craie rouge est utilisée depuis longtemps pour la teinture, la peinture et le dessin.

Selon les sites d’où elle provient et la manière dont on la prépare, elle peut varier du rouge clair au rouge foncé, de l’orangé au violacé ou au brun.

Ce matériau à l’aspect friable est particulièrement mis en valeur sur un papier doux possédant un peu de grain.

Son tracé gras se marie volontier avec des matériaux au trait plus fins (mine de plomb, crayon noir) et supporte les procédés liquides comme le lavis. Ses coloris chauds rappellent ceux de la peau et en font l’outil de prédilection pour le nu et le portrait.

 

Les débuts

Les grottes préhistoriques, les parois des tombes en Egypte attestent de l’emploi précoce de ce matériau.

Les fresquistes du Moyen-Age l’employèrent sur les murs des églises ou des palais, pour inscrire la première ébauche de leur décor.

Dans l’histoire du dessin, elle apparait au tout début du XVIème siècle. Les artistes florentins furent les premiers à s’en servir isolément. Léonard de Vinci en tira son fameux effet de sfumato, puis Raphaël, Le Parmesan ou Michel-Ange l’utilisèrent pour réaliser leurs études.

Au cours de ce même siècle, les italiens de l’École de Fontainebleau l’introduisent en France.

A partir du XVIIème siècle, des artistes comme Rubens (1577-1640) ou Poussin (1594-1665) l’emploient de plus en plus fréquemment. Elle accompagne l’artiste d’un bout à l’autre de sa réflexion pour mettre en place un projet décoratif d’envergure, ou préparer une oeuvre peinte.

 

L’explosion

Le XVIIIème siècle voit le triomphe de ce matériau.

Des dessinateurs chevronnés comme Antoine Watteau (1684-1721) ou Fragonard (1732-1806) ont largement exploité toutes les possibilités de sa palette chromatique. Ils ont aimé la sanguine pour la richesse et l’intensité de sa couleur, pour la finesse de son grain, pour son moelleux incomparable.

Les artistes l’achetaient chez les marchands de couleur sous forme de bâtonnets ou en poudre à humidifier à laquelle ils pouvaient rajouter certains pigments.

Le ton chaud de ce matériau, sa ligne relativement large qui donne l’impression de la chair et du muscle est parfait pour définir l’anatomie d’un corps, l’attitude d’un personnage ou l’étude d’un drapé.

Aux XIXème et XXème siècles on assiste à un net recul dans l’emploi de la sanguine même si, pour tous les artistes orientés vers la couleur, elle reste le matériau de prédilection.

 

Une grande variété de couleurs

Dans ce dessin, l’artiste a su utiliser les larges ressources chromatiques de la craie rouge.

Toute la gamme des orangés allant jusqu’au rouge foncé traduit le relief et la chaleur de la carnation humaine. Des bruns virant au noir, marquent les ombres des plis du drapé, lui-même conditionnés par l’attitude du personnage.

L’impression qui domine l’ensemble est celle de la grandeur et de la majesté.

Enfin, le fond a été très légèrement teinté en rose par la sanguine, faisant un écrin dans lequel se détache la déesse Diane ici représentée.

Des couleurs qui se métamorphosent passant de l’orange le plus clair au rouge le plus foncé, des effets multiples évoquant tour à tour la douceur d’un corps, la noblesse d’une attitude ou le tombé d’un vêtement, mais un seul matériau, la sanguine.

 

Créer une atmosphère

De ce paysage se dégage une atmosphère froide que renforce l’utilisation d’un papier blanc.

Les arbres sont agités par une forte brise annonciatrice d’une tempête. Tout suggère le souffle du vent : les traits courts du feuillage qui suivent l’inclinaison des branches, le tracé large et fin qui évoque les variations d’éclairage des feuilles en mouvement.

Remplaçons ce fond blanc par un fond bleu plus sombre.

Couchée sur des papiers légèrement bleutés, la sanguine met en valeur la teinte du papier et accentue l’atmosphère. Ce sont les italiens qui, au cours du XVIème siècle, découvrirent que l’association de ces deux couleurs produisait des effets chromatiques intéressants.

L’impression de froid a disparu, le regard ne se porte plus seulement sur les arbres agités mais est conduit vers le ciel devenu ciel d’orage que l’on scrute pour savoir quand le tonnerre va enfin éclater.

 

Heureuses associations

Ce dessin a été réalisé selon la technique des trois crayons qui associe la pierre noire, la craie blanche et la sanguine.

Elle fut employée la première fois au XVIème siècle en Italie du Nord pour le portrait.

La combinaison sanguine-pierre noire, était déjà connue, malheureusement ce procédé poussait trop loin le réalisme.

La couleur blanche adoucit les traits à un moment où les artistes, ne se contentant plus de décrire l’apparence extérieure d’un visage, se concentrent sur l’expression des sentiments et la vie intérieure du sujet.

La sanguine estompée donne sa tonalité générale au dessin. Des touches de pierre noire structurent le visage et la coiffure. La craie blanche utilisée en rehauts modèle la figure en en faisant ressortir les points lumineux.

La vie palpite dans ce dessin, le personnage représenté semble prêt à nous parler.

 

Le lavis

Le lavis est un procédé qui tient du dessin et de la peinture. Il consiste dans l’emploi de l’encre de chine ou d’une autre matière unique, étendue d’eau et passée au pinceau. Celui-ci peut varier presque à l’infini les teintes du lavis et permet de se rapprocher de la peinture proprement dite. Il existe plusieurs couleurs de lavis y compris la sanguine. Un dessin lavé est un dessin teinté ou rehaussé de lavis.

 

École de Fontainebleau

Cette École regroupait un ensemble d’artistes actifs en France au XVIème siècle. Elle était animée par les italiens que François Ier fit venir d’Italie pour décorer le château de Fontainebleau (Rosso, le Primatice ou Niccolò dell’Abate). De nombreux artistes furent influencés par cette École qui aida à la diffusion du courant maniériste en France. Citons : Jean Goujon, Jean Cousin ou Antoine Caron. Une seconde École a vu le jour sous le règne d’Henri IV avec les peintres Ambroisius Boschaert (dit Ambroise Dubois), Toussaint Dubreuil et Martin Fréminet.

 

Le rehaut

Il s’agit, dans un dessin ou une peinture, d’une retouche d’un ton clair qui fait ressortir la lumière. Le blanc prend alors une importance accrue. Il crée des volumes et permet d’illuminer une pommette, ou un décolleté. Ce procédé modèle en quelque sorte l’objet, animé ou pas, sur lequel il s’applique. Pour ce faire, on peut utiliser des crayons de couleur, de la gouache, des feuilles d’or, etc...

 

Bibliographie

Les techniques du dessin, Karel Teissing, collection techniques d’art, Gründ, Paris, 1981

Sanguines du XIXème siècle, Les Dossiers du Musée d’Orsay, Réunion des Musées Nationaux

Dessins de Maîtres du XIVème au XXème siècle, Colin Eisler, Edita Lausanne, Editions Vilo, Paris

Le dessin de Lascaux à Picasso, Terisio Pignatti, Fernand Nathan

Le dessin français au XVIIIème siècle, Marianne Roland Michel, Office du livre, Editions Vilo, Paris

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