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Les premiers outils taillés


La matière première :

Tailler c'est fractionner intentionnellement une roche de manière à lui donner une forme déterminée.

Bien des variétés de roches ont été utilisées, et très tôt les hommes préhistoriques ont su sélectionner celles (silex, grès, quartzite, jaspe, certains calcaires, roches éruptives) les plus aptes à la taille et à l'obtention d'un bon tranchant.

Il est possible que leur choix ait pu, en partie, conditionner les installations et les déplacements des préhistoriques. Comment étaient-elle acheminées au camp et sous quelle forme circulaient-elles, c'est un des volets des recherches archéologiques sur ce sujet.


Principes et techniques de taille :

Deux grands principes, le débitage et le façonnage.

Le débitage est l'action de fractionner intentionnellement la matière première afin d'obtenir des fragments, appelés éclats ou lames (éclats allongés dont la longueur est 2 fois supérieure à la largeur), qui sont les produits recherchés. Le bloc de matière résiduel, appelé nucleus, est un déchet.

On distingue les éclats provenant de la mise en forme du bloc (éclats de préparation), ceux résultant de la fabrication d'un outil (éclat de retouche) et ceux prédéterminés, pour lesquels la forme est décidée, avant la frappe, par le tailleur.

Le façonnage consiste à mettre en forme du bloc, par une succession d'opérations de taille, jusqu'à l'obtention d'une pièce bifaciale. C'est le bloc sculpté qui est, cette fois, le produit recherché, les éclats sont des déchets.

Ces deux grands principes sont présents à toutes les périodes du paléolithique et au-delà. Ils font appel aux deux techniques de taille : la percussion et la pression.

La percussion consiste à frapper, à laide d'un percuteur, sur la matière première pour la fractionner.
Il en existe deux types. La percussion directe est la technique la plus ancienne, et, pendant des centaines de milliers d'années, la seule utilisée. Le tailleur frappe le bloc de matière première avec le percuteur. Celui-ci peut être dur (le plus souvent des galets de forme ronde car plus résistants) ou tendre (bois animal ou végétal) qui permet d'obtenir des débitages plus longs, plus fins et plus précis.

Le choix du percuteur est signifiant pour établir une chronologie. Leur utilisation illustre des stades évolutifs.

L'autre type de percussion est dit indirect car il consiste à se servir d'un outil intermédiaire, appelé chasse lame ou punch, pour frapper la roche. Il peut être en bois (animal ou végétal) ou en os.

La pression n'apparaît qu'au Paléolithique supérieur, plus précisément au Solutréen. Le tailleur utilise un retouchoir, en os (andouiller) ou en ivoire qu'il presse sur le bord du support.

Par méthode on entend l'agencement d'un certain nombre de gestes exécutés grâce à ces techniques.

 


Des outils et des hommes


Le galet aménagé :

On trouve les premiers outils taillés en Afrique de l'Est. Ils ont environ 2,6 millions d'années et ont été fabriqués par Australopithèque et Homo habilis.
Ce sont des outils sommairement taillés à partir de galets en roche dure présents en quantité sur les plages des lacs et des rivières près desquelles les premiers hommes installent leur campement. Ils sont choisis pour leur matière, leur forme, et leur qualité.
Des coups sont portés à l'aide d'un percuteur dur (le plus souvent un autre galet) sur un bord afin d'enlever des éclats et d'obtenir un tranchant. On peut choisir de les appliquer sur une seule face, l'outil obtenu est un chopper, ou sur les 2 faces du galet, on parle alors de chopping-tool. Ces outils ont un tranchant épais et peu coupant mais ont l'avantage d'avoir une bonne tenue en main.
Les galets aménagés se rencontrent aussi en Asie et en Europe à des périodes plus récentes de l'ordre de 1,8 à 1 millions d'années. Ils perdurent avec l'homme de neandertal et sont toujours utilisés par Homo sapiens sapiens pour certaines activités ne nécessitant pas d'outils perfectionnés.


Le biface :

Apparu en Afrique il y a plus de 1,5 millions d'années, l est avec le hachereau, l'outil principal de l'acheuléen en Europe, entre 700 000 et
200 000 ans avant notre ère.
On regroupe sous cette appellation une variété d'outils à tout faire dont la particularité commune est d'être taillés sur les 2 faces. Les efforts se portent sur le façonnage qui s'effectue à l'aide de percuteurs durs et tendres. Ces derniers sont une invention de l'époque.

Avec le percuteur dur, le tailleur supprime les principales irrégularités et aménage le bloc de matière première. Il détache ensuite des éclats - dit defaçonnage - au percuteur tendre qui vont déterminer la forme générale du biface. La dernière opération consiste à en régulariser les bords et à les rendre plus tranchants, en les affûtant avec un petit percuteur tendre.


Le débitage Levallois :

La culture moustérienne généralise les méthodes de débitages d'éclats en série. Celles-ci permettent de produire, à partir d'un même bloc, des éclats dont la morphologie est déterminée, avant la frappe, par le tailleur.
L'une d'elles, la méthode Levallois (site éponyme Levallois, région parisienne) permet d'obtenir des éclats de formes variées.
Le bloc de matière première est préparé au percuteur dur. C'est le mieux adapté à cette forme de débitage.
Le tailleur délimite un plan de frappe, qui va lui permettre de porter son coup avec plus de précision. La frappe, un coup sec et précis, est directe. Si nécessaire, le plan de frappe peut être réajusté au cours de la taille en enlevant de petits éclats.
Les outils façonnés à partir des éclats débités sont essentiellement des racloirs, outils à tout faire.
Cette méthode s'est brusquement éteinte avec ses inventeurs, il y a 35 000 ans. Cela correspond, en Europe, à l'arrivée progressive de l'Homo sapiens sapiens porteur de nouvelles civilisations.


Le débitage laminaire :

Au Paléolithique supérieur Homo sapiens sapiens occupe tous les continents adaptant son outillage au type d'environnement auquel il est confronté.

Le principe du débitage domine. Le tailleur utilise la percussion directe au percuteur dur ou tendre et la percussion indirecte.

Le bloc de matière première est préparé en le décortiquant sur les 2 faces. On obtient ainsi une arête principale ou crête sur toute la longueur du bloc. La régularité et la courbure sont précisées au percuteur tendre. C'est à partir de cette crête que l'extraction de la première lame peut être réalisé.

Les lames détachées sont retouchées et servent de support à une gamme étendue d'outils (burins, grattoirs, pointe à cran dont la réalisation introduit la retouche à la pression ...) qui permettent le travail d'autres matériaux. L'os, en particulier, se développe considérablement à cette période. L'utilisation préférencielle de la pierre ou de l'os sont des repères chronologiques fiables pour caractériser les différentes qui se succèdent pendant 25 000 ans.

 

Glossaire


- Acheuléen (site éponyme Saint-Acheul, Somme, 700 000 - 100 000 avant notre ère) : ensemble culturel du Paléolithique inférieur pendant lequel le façonnage de bifaces ou de hachereaux dominent.

- Australopithèque : hominidé de petite taille découvert en Afrique méridoniale et orientale, dont la capacité crânienne est de 460 à 600 cm3, vivant entre 4,5 à 1,2 millions d'années.

- Homo habilis : homme de petite taille à capacité crânienne de 500 à 800 cm3, connu en Afrique entre 2,6 - 1,6 millions d'années. Représente le premier spécimen du genre homo. Evolue par petits groupes dans un paysage de savane arborée à la faune variée.

- Homo erectus : homme de grande taille (entre 1,70 et 1,80 m) , à la capacité crânienne de 750 à 1250 cm3. Il est présent en Afrique, Asie, et Europe. Sur ces nouveaux territoires, il se confronte à des climats différents et une faune variée et tire partie de nouveaux matériaux pour fabriquer son outillage.

- Homo sapiens neanderthalensis : hominidé identifié pour la première fois à Neandertal en Allemagne occidentale, à la capacité crânienne de 1200 à 1650 m3, et connu de 80 000 à 35 000 ans avant notre ère dans de nombreux gisements en Europe. Vit dans un environnement de steppes peuplées, entre autre, de chevaux, de rennes, de rhinocéros laineux, de mammouths. Son organisation sociale est évoluée, il enterre ses morts et a une première amorce de sens artistique.

- Homo sapiens sapiens : ancêtre de l'homme actuel (Cro-Magnon en est un fossile périgourdin). Il se propage sur toute la surface du globe. En Europe, il vit dans un paysage ouvert, sans grande forêt et à la végétation rabougrie. Il chasse principalement le renne. Certains de leurs objets quotidiens sont finement décorés de figures et de signes. Il peint et sculpte.

- Moustérien (site éponyme Abri du Moustier, Dordogne, 200 000 - 35 000 avant notre ère) : principale culture du paléolithique moyen, elle se caractérise par une industrie sur éclat composée surtout de racloirs. Son artisan est l'homme de néandertal.

- Paléolithique : désigne la première période de l'ère quaternaire où apparurent les premières civilisations humaines avec des outils de pierre taillées.
On distingue :
- Paléolithique inférieur (2 000 000 - 300 000 années avant notre ère)
- Paléolithique moyen (300 000 - 35 000 années avant notre ère)
- Paléolithique supérieur (35 000 - 9 500 années avant notre ère)

- Solutréen (site éponyme, Solutré, Saône et Loire. 20 000 - 16 000 avant notre ère) : Ensemble culturel du Paléolithique supérieur caractérisée par des outils et des armes taillées de façons régulière grâce à des enlèvements plats et envahissants et des retouches par pression, parallèles, fines et couvrantes. Leurs armes les plus connues ont une forme particulière de feuille de laurier. Les solutréens sont les inventeurs des aiguilles à chas en os et les auteurs de sculptures et peintures.