SINE QUA NON
Retour sur une exposition

7 juillet au 31 octobre 2010, musée Bernard d'Agesci, Niort

Œuvres présentées

Sine Qua Non par Jérôme DERVEAUX (suite)

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VADE MECUM

De voyage initiatique, il en est question aussi, dans la majesté des clous qui nous sont soumis. Qu’il soit « de girofle » ou « à béton », le clou nous oblige à embrasser, une fois encore, notre Histoire humaine (On y revient !).

Dans le choix de Delesalle, les clous ne se présentent pas en diptyque. Sont-ils, à peine, par un exercice de notre esprit, deux pendants d’un même parcours intellectuel qui synthétiserait l’ambition humaine.

Le clou de girofle nous renvoie à la cueillette, c’est-à-dire, à cette période primitive où l’Homme et la Nature vivaient en intelligence. Mais par extension, il apparaît aussi en filigrane, la quête d’une maîtrise de cette Nature originelle et de son commerce. Dès le Moyen-Âge, portugais et hollandais font cultiver industriellement ce condiment et l’importent d’Asie à grands frais. Le clou de girofle, à l’instar d’autres épices précieuses, devient une valeur dont se parent les grandes tables d’Europe pour faire montre de leur puissance.

Cueillette, agriculture, commerce et voyage. Voyage surtout.

Et parce que cette seule définition du clou ne suffit à remplir la vie d’un Homme, se présente à nous, dans les mêmes dimensions, le clou à béton.


Il nous plonge immédiatement dans l’ère du feu, du fer et de la forge ; nous oblige à regarder, une nouvelle fois, l’inéluctable redressement de l’Homme et son indéniable propension à s’arracher du sol. Par le clou, l’homme a bâti. Il a assemblé, unifié et ce, durablement. Le clou a finalisé la sédentarisation. Il a, au contraire du clou issu de la Nature – fût-elle maîtrisée – rompu définitivement avec le voyage et l’errance. Le clou pointe aussi, pour nous, pauvres occidentaux, l’ère des guerres et des saccages. Sans doute, en aurait-il été autrement si plutôt que de fixer le Christ à sa croix par des clous, le Conteur avait relaté une simple cordelette. Cet acte seul, érige une époque nouvelle dont nous sommes à ce jour encore les victimes ou les bénéficiaires - selon que l’on s’arrange du geste ou pas – et qui nous rappelle que notre modernité repose sur les fonds baptismaux d’une histoire pleine de barbarie.

Il faut toute la sagesse de l’artiste pour enchâsser dans le même exercice parfait de gravure, le clou naturel et le clou de l’Homme. Globalisant ainsi en un cercle vertueux, par une unification technique et une présentation similaire, les faces alternativement lumineuses et obscures de l’Humanité. Le simple fait de nous présenter les clous de la même manière, suivant les mêmes techniques, jugule par anticipation, le risque d’hémorragie artificielle : les clous sont seuls, isolés de leur grappe, éloignés de leur condition(nement). L’unité passe par la singularité du motif (au sens propre comme au sens figuré), par le surdimensionnement du format et par le gage d’une exceptionnelle innovation technique de l’Homme qui nous renvoie à la reproductibilité et à la diffusion du Texte et de l’Image : la xylogravure.

 

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