Art Roman en Poitou-Charentes : Les thèmes iconographiques

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Motifs ornementaux

À l’époque romane le symbole a une très grande importance. En général toute représentation a une signification symbolique.

Dans le décor  des édifices et des objets de l’époque romane, l’ornement occupe une grande place notamment les motifs géométriques combinant polygones et cercles et la flore stylisée. Ils sont une parure. Tous ces motifs avaient peut-être une intention cosmique : montrer l’harmonie de l’univers créé par Dieu.

 
Les animaux

Les animaux familiers

Les animaux apparaissent très tôt dans le décor en Poitou-Charentes. Leurs représentations sur les objets précieux, orfèvreries, émaux, ivoires et enluminures inspirent les sculpteurs.

Le sommet des crosses  des évêques  richement émaillées en Limousin prend la forme élégante d’un serpent enroulé. Le serpent est le tentateur, celui d’Ève qui a été chassée du Paradis avec Adam. Dans la volute viennent s’insérer des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Le symbole des crosses peut être identifié avec la chute de l’homme et le rachat par la religion dont l’évêque est le représentant sur terre (Adam et Ève, annonciation, crucifixion, Vierge présentant l’enfant…).

Le thème dominant du message que veulent transmettre les artistes est celui du combat des hommes contre les forces du mal et l’aide que la religion peut lui apporter à le gagner pour aller au Paradis.

Les scènes de chasse  montrent des chevaux, des chiens, des oiseaux de proie, des cervidés,  des sangliers, des lièvres…  Fréquentes sur les tombeaux, elles sont  sans doute une survivance des scènes de la chasse au sanglier de Méléagre qui ornent les  sarcophages antiques. Elles ont de surcroît une signification religieuse.

La scène représentant des oiseaux buvant dans un calice, motif repris des tissus orientaux, est une allusion à la prière des morts recommandant leur âme à Dieu. Cette image est excessivement répandue.

Des animaux exotiques aux monstres

Les artistes puisent leurs modèles dans les bestiaires, recueils où sont catalogués des  animaux réels ou imaginaires avec leur signification morale ou religieuse. Il n’est pas toujours aisé de nos jours de saisir la signification que pouvaient avoir de telles représentations.

Parmi les animaux exotiques, le lion est le symbole de l’évangéliste saint Marc mais également du Christ. Il peut aussi caractériser le pouvoir de Satan sur l’âme humaine et le châtiment qui résulte de la tentation. Comme l’éléphant, il est très souvent représenté dans la sculpture et donne lieu à des compositions très décoratives.

Le nombre d’animaux représentés est d’une richesse extraordinaire. Ils animent les modillons.

L’imagination des sculpteurs aiguisée par les recueils de bestiaires donne aux animaux un tour fantasmagorique qui les rend peu reconnaissables, comme au portail sud d’Aulnay. Ils viennent rappeler les horreurs qui attendent le mauvais chrétien en Enfer. Ils reprennent souvent des motifs issus de l’Orient.

Les forces du mal sont représentées par toute une série d’animaux composites empruntés à l’antiquité et codifiés : griffons, capricornes, chimères, basilics, harpies.   La sirène est l’incarnation de la séduction féminine dont il faut se méfier.

 

Récits de l'Ancien et du Nouveau Testament

La représentation des scènes racontées par les livres saints illustre l’enseignement des clercs et le complète. La Genèse a été magistralement peinte à Saint-Savin. On retrouve Adam et Ève sur de nombreux chapiteaux sculptés, la figuration des prophètes sur les façades. Mais c’est la lutte de Gilgamesh, de Goliath, de Samson, de Daniel contre l’animal féroce dont ils sortent vainqueurs qui donnent lieu au plus grand nombre de représentations.

Les  artistes ont surtout représenté des scènes de l’enfance du Christ : naissance, fuite en Égypte, adoration des Mages, entrée du Christ à Jérusalem mais peu de scènes de la Passion et de la Crucifixion. On les trouve sculptées sur les chapiteaux historiés ou dans les frises.

La vision apocalyptique du Christ apparaissant entouré des symboles des quatre évangélistes a eu beaucoup de succès. L’aigle est le symbole de l’évangéliste Jean, le taureau de Luc et le lion de Marc (le symbole de Matthieu est l’ange). 

Cette représentation -le tétramorphe- dérive d’un passage de l’Apocalypse, ouvrage écrit par l’évangéliste saint Jean, commenté par Beatus de Labiena (décédé en 798) a été de nombreuses fois copiée et illustrée à l’époque romane.

Saint Jean raconte voir le Christ ressuscité trôner en majesté ; les symboles des quatre évangélistes chargés de porter la parole de Dieu à travers le monde l’entourent. L’ange est le symbole de l’incarnation du Christ, le taureau, de son sacrifice ; le lion, de sa résurrection ; l’aigle de son ascension. Ces symboles placés au quatre coins de la composition évoquent les quatre points cardinaux, le monde sur lequel règne le Christ. En Poitou-Charentes où les tympans illustrés n’existent pour ainsi dire pas, la vision apocalyptique orne surtout les clefs de voussure ou figure en relief sur les façades.

Les vieillards de l’Apocalypse sont représentés couronnés, porteurs d’instruments de  musique et de vases aux voussures des portails. Dans le texte ils sont vingt-quatre mais ils sont six à Notre-Dame-de-la-Couldre à Parthenay, trente-un à Aulnay, cinquante-quatre à l’Abbaye-aux-Dames de Saintes pour pouvoir entrer dans le cadre architectural.

 

Les Saints

Le culte des saints se développe au cours du Xe siècle sous l’action des bénédictins et des clunisiens. La peinture des fresques (Saint-Savin et Cyprien dans la crypte de Saint Savin),  celle des enluminures des manuscrits (Vie de Sainte Radegonde, médiathèque François-Mitterand de Poitiers)  mais également la sculpture les célèbrent comme sainte Colombe à la façade de l’église de Sainte-Colombe en Angoumois

La mort de saint Hilaire est représentée dans deux églises de Poitiers. À Saint-Hilaire elle figure sur un chapiteau du transept. Un siècle plus tard, à Saint-Hilaire de la Celle, érigée sur le lieu de sa demeure, ont été placés dans la crypte, autour de son tombeau, une série de reliefs dont n’est conservé que celui où le saint est représenté sur son lit de mort entouré de ses disciples.

Sur une belle dalle sculptée en haut relief provenant de l’église Sainte-Triaise, la sainte est bénie par Saint Hilaire qui l’a convertie à la religion. Elle est l’une des premières femmes à se retirer de la vie publique et à vivre en ermite.

Le culte des saints a été l’objet de nombreux pèlerinages pour aller adorer leurs reliques conservées dans des reliquaires d’orfèvrerie.

 La châsse de saint André provenant d’une église de Mirebeau est percée de deux trous le long du cou du personnage pour laisser passer des bâtons auxquels étaient fixés des petits tissus « brandea » qui allaient toucher la relique et devenaient eux-mêmes « reliques ».

La vie quotidienne

La liturgie impose la présence de relique pour la consécration d’un autel sur lequel est célébrée la messe. En 1866, on a découvert encore en place un reliquaire en verre soufflé dans un état exceptionnel. Il s’apparente à une série de verres trouvés en Allemagne, preuve des échanges nombreux qu’il pouvait y avoir à l’époque.

La sculpture est un très précieux témoignage de la vie quotidienne. Elle met en garde contre les tentations auxquelles on pourrait être affrontées et  qui pourraient nous entraîner à faire des péchés.

Les métiers sont représentés. Une dalle sculptée  montre un tailleur de pierre. Il est vêtu d’une robe longue et ample comme en revêtent encore les sculpteurs pour se protéger d’un travail salissant ; son outil qui comprend une extrémité tranchante et l’autre formant masse  est toujours utilisé pour la taille manuelle. Cette représentation est d’autant plus précieuse qu’à l’époque la France « se couvrait d’un blanc manteau d’églises ».

Les travaux des mois souvent associés aux signes du zodiaque sont représentés généralement aux voussures des grands portails et quelques fois dans les modillons. Ces représentations évoquent la possibilité pour l’homme de se racheter par le travail.

Le tombeau provenant de Javarzay au musée de Niort évoque les joies de la chasse. La nature est évoquée par des arbres et des fleurs stylisés.  Les nobles sont à cheval ; le seigneur porte le faucon au poing ; la femme caracole derrière ses chiens. Les paysans tirent à l’arc et posent des pièges.

On trouve de nombreuses représentations de jongleurs, évocation de l’art des troubadours dont la poésie s’est développée sous le duc d’Aquitaine Guillaume le Troubadour à Poitiers. Le métier de jongleur était évoqué dans la poésie d’alors comme « fait d’humilité » et de pauvreté.

Les fouilles menées au château du comte d’Angoulême établi symboliquement sur l’ancien castrum antique d’Andonne ont livré des objets qui permettent d’évoquer à l’aide d’objets usuels la vie des seigneurs d’alors. Le jeu était une occupation importante. On a trouvé des pions et des dés de tric-trac ou de mérelle ainsi qu’un lot de pions inachevés dans des dépendances qui permettent de penser que ces jetons étaient fabriqués sur place.

Le thème du cavalier qui était sculpté aux façades des portails des églises est propre à la région Poitou-Charentes. Pour beaucoup disparus, il en reste quelques uns encore en place quoique mutilés : Saint-Hilaire de Melle, Châteauneuf-sur-Charente, Parthenay-le-Vieux et Airvault où il occupe à gauche du portail une arcade plus grande que les autres comme si on avait voulu lui donner une place primordiale.

Leur signification a donné lieu à de nombreuses interprétations : Constantin, Charlemagne, seigneur local ou réplique en pierre de la statue équestre en bronze (autrefois doré) de Marc-Aurèle au Capitole à Rome comme l’ont cru certains historiens. En effet, comme à Rome où le cheval de Marc-Aurèle foulait les ennemis vaincus, sous le pas de certains chevaux (à Melle notamment) se distingue un personnage étendu qui serait alors la représentation du paganisme. La question n’est toujours pas résolue. À Parthenay-le-Vieux, le cavalier est un seigneur partant pour la chasse, faucon au poing.