L'Aurore et Tithon

Le "grand genre" à l'épreuve de la légèreté

Le contraste est vif avec les nuages ténébreux qui s’éloignent et la couche encore sombre. Dans un mouvement flottant et sensuel, la déesse à demi-nue se laisse envelopper par des putti affairés et soucieux de conduire habilement leur mission quotidienne, mais avec fougue, Tithon se saisit du voile et tente d’arrêter le temps pour prolonger la nuit. L’épisode choisi par Jean-Baptiste Pierre est rarement représenté dans l’art : il peint Tithon en jeune homme vigoureux, au lieu de le montrer en époux vieillissant délaissé par la déesse que d’autres éphèbes séduisent.

Recherchant l’expression du sentiment et l'effet dramatique, le peintre met en scène cet instant de déchirement qui survient entre deux êtres. À la fois tendres et graves, sensuels et froids, les regards des personnages se croisent et se répondent : entre reproche de l’un et promesse de l’autre, le temps est suspendu, symbolisé par la ligne des corps aux anatomies maîtrisées. Du bras droit d’Aurore au coude gauche de Tithon, une diagonale traverse la toile à la manière d’un éclair brisant ces liens ou au contraire les renforçant à jamais. Conjuguant libertinage et conformité au sujet mythologique, ce tableau transcende l’enseignement académique dans la veine du « grand genre ».

Détail de Tithon Détail d'Aurore L'Aurore et Tithon, par Jean-Baptiste-Marie Pierre précédent suivant