L'Aurore et Tithon

Jean-Baptiste-Marie Pierre, un académicien exemplaire

Il est aussi dessinateur de talent, graveur et l’auteur de grands décors civils et religieux qui lui valent une solide notoriété : entre 1749 et 1756, il orne la chapelle de la Vierge de l’église Saint-Roch, à Paris, d’une Assomption de la Vierge ; en 1757, c’est un immense Jugement de Pâris qu’il peint pour le Neue Palais de Postdam.
Ses fonctions officielles gagnent peu à peu sur sa créativité : professeur adjoint à l’Académie dès 1744, premier peintre du duc d’Orléans à partir de 1752, il remplace Boucher à la tête de l’Académie et dans la charge de premier peintre du roi en 1770. Les critiques de Diderot  à son égard ont probablement pesé dans son retrait de la scène artistique, tandis qu’il se taillait une place d’influence dans la bureaucratie des arts : le comte d’Angivillier, directeur des bâtiments du roi en 1764, soutient sa volonté d’imposer sa propre vision de la création et de remettre au pas l’Académie royale et son épigone, l’Académie de France à Rome.
   Pourtant, son œuvre mérite un regard plus attentif que ne le laisse supposer la verve de Diderot qui d’ailleurs souligne la valeur de l’artiste à son retour d’Italie. De fait, sa manière est vigoureuse et fluide, soutenue par une excellente maîtrise des nus, comme l’imposaient les leçons académiques. S’il choisit les mêmes sujets que Boucher, il les construit à l’ombre du grand style classique qui lui sert toujours de référence. Il affectionne les profils, tel celui de Tithon, mais aussi les visages de femmes légèrement penchés vers l’avant, le menton bien marqué avec un bel arrondi des joues que souligne la chevelure enroulée.
   Lorsqu’il meurt, le 15 mai 1789, en tant qu’académicien il a les honneurs d’une inhumation aux côtés de Charles Le Brun dans la chapelle Saint-Charles de l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet. Il se sera efforcé, toute sa carrière, d’imiter le premier chancelier de l’Académie tant dans l’ambition de son œuvre peint que dans son rôle de directeur de la vie artistique qu’il a tant voulu assumer.

L'Aurore et Tithon, par Jean-Baptiste-Marie Pierre, Détail du visage et du buste d'Aurore précédent suivant