Auguste Tolbecque : portraits multiples d’un homme secret…

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La partition de sa vie

Auguste Tolbecque, né à Paris le 30 mars 1830, est issu d’une famille de musiciens, fils d’un grand violoniste et neveu du réputé chef d’orchestre de la Cour au temps du roi Louis-Philippe. Dès l’âge de 15 ans, il s’inscrit au Conservatoire national supérieur de Paris dans une classe de violoncelle où il remportera le 1er prix quatre ans plus tard. À 26 ans, il épouse à Niort Laure-Justine-Éléonore Morisset dont il aura trois enfants, un fils, Jean, qui décèdera à l’âge de 33 ans et deux filles, Hélène et Anna-Caroline. Auguste Tolbecque qui pratique également le piano, l’orgue et le violon apprend la lutherie à Paris tandis que parents et épouse habitent à Niort. Puis il s’installe à Marseille où il occupe un poste de professeur de violoncelle au Conservatoire. Cette période est marquée par une riche activité musicale où l’homme milite avec conviction pour la musique ancienne, notamment de style renaissance, sans oublier pour autant ses contemporains. De retour à Paris, âgé de 40 ans, Auguste Tolbecque entreprend la reconstitution d’instruments anciens observés sur des gravures et des enluminures. En 1875, il devient propriétaire du Fort-Foucault, demeure isolée sur un îlot face au Donjon de Niort où il installera un atelier de lutherie et commencera à y réunir divers objets d’art et instruments. Devenu un véritable collectionneur, il participe à l’Exposition Universelle de Paris en 1878 où il présente un ensemble de reconstitutions d’instruments anciens vendus par la suite au musée Instrumental de Bruxelles. En 1880, il est nommé Chef de l’orchestre de la Société Philharmonique de Niort. Il quittera cette fonction sept ans plus tard, organisant de son côté des séances musicales exceptionnelles. Enrichi par les correspondances qu’il mène avec collectionneurs, luthiers et conservateurs, comme Charles Mahillon, Conservateur du musée Instrumental de Bruxelles, il continue ses recherches en lutherie suivant une véritable démarche scientifique. En 1896, il remporte le Grand Prix à l’Exposition Internationale du Théâtre et de la Musique à Paris en présentant trente-trois instruments anciens reconstitués. Cet ensemble est acheté par le collectionneur Ch. Petit de Blois et rentrera plus tard dans les collections du musée du Conservatoire de Paris. Après la publication sur un registre personnel de ses « Souvenirs d’un musicien en province », paraît en 1903 un ouvrage pratique et pédagogique, expression de ses nombreux travaux, « L’Art du luthier ». À ses 80 ans, une fête familiale et musicale est organisée grâce à laquelle l’homme et son œuvre sont immortalisés par l’édition de cartes postales révélant ainsi l’ampleur et la diversité des collections qui l’entouraient. On lui offre alors le buste en bronze de son ami Camille Saint-Saëns. En 1919, Auguste Tolbecque décède à son domicile. Il laissera le souvenir d’un solitaire original néanmoins attaché aux valeurs familiales, d’un homme au caractère reconnu difficile mais animé par une passion musicale vivace jusqu'à son dernier souffle. En 1922, sa maison et ses collections sont mises aux enchères à Niort durant cinq jours complets. Certains instruments chers à Auguste Tolbecque sont conservés dans la famille.

Le luthier

Après un apprentissage en lutherie effectué à Paris chez Victor Rambaux, Auguste Tolbecque se passionne pour la reconstitution d’instruments anciens observés sur des gravures et des enluminures. Il mène ses travaux avec la rigueur d’un véritable archéologue et étudie minutieusement les anciennes représentations des instruments sans céder à la création de décors fantaisistes. En 1875, il installe son atelier de lutherie dans sa demeure du Fort-Foucault. Dans une plaquette publiée en 1890 sous le nom de « Quelques considérations sur la lutherie », il dénonce la priorité accordée au caractère esthétique des instruments sur leur sonorité. Il désignera également la qualité moindre des productions de violons en série. Auguste Tolbecque reconstitue un grand nombre d’instruments anciens et expose trente-trois de ses œuvres depuis une lyre grecque jusqu’aux violes renaissances à l’Exposition Internationale du Théâtre et de la Musique à Paris dont il remporte le Grand Prix. De cette recherche tournée vers le passé, Auguste Tolbecque réalise ainsi un crouth trithant, instrument connu sur des miniatures datant de l’époque carolingienne jusqu’au moyen-âge. Également tourné vers l’avenir, il entreprend des recherches sur la sonorité des instruments et réalise un violoncelle expérimental dont les éclisses sont perforées et remplacent les ouïes de la table. Il se passionne également pour la reconstitution de violes de gambe, instruments datant de la période renaissance. Certaines de ses réalisations sont ornées de décors qui n’ont sans doute pas toujours résulté de sa facture. Pour l’une de ses œuvres, il s’inspire d’une peinture du Dominiquin, « Sainte Cécile », à partir d’une copie gravée en sa possession. Les ouïes et tables de ces instruments sont délicatement travaillées en courbes harmonieuses enrichies d’un décor de marqueterie et de  pièces d’ivoire. Différents motifs peints en noir ornent les instruments de végétaux et mascarons s’alliant ainsi aux armoiries de style renaissance. Les têtes sont sculptées de personnages fantasques comme un buste doré de femme chantante, allégorie de la musique. Ouvrage de référence et fruit de ses recherches paraît en 1903 « L’Art du luthier » qui expose toutes les étapes de conception d’un violon, enrichies par de nombreuses illustrations. Auguste Tolbecque a toujours accordé un réel intérêt à l’enseignement et à la pédagogie. Il forme ainsi deux élèves, Joseph Pineau et Arthur Papot qui assurèrent une relève de qualité dans la grande maison Gand et Bernardel à Paris. Traduction de l'inscription dans le médaillon (par M. Rê)"Vivant je fus dans les forêts, J'ai été tué par la hache cruelle. Tant que j'ai vécu je me suis tu, Maintenant que je suis mort je chante doucement".

Le collectionneur

En 1875, Auguste Tolbecque s’installe dans sa nouvelle propriété du Fort-Foucault. Cette ancienne forteresse du XIIe siècle située face au Donjon de Niort deviendra rapidement un véritable cabinet de curiosités destiné à accueillir les divers instruments et œuvres d’art collectés par Auguste Tolbecque. Très vite la place vient à manquer et un grand salon de musique est construit où figureront six panoplies d’instruments parmi les meubles et œuvres d’art conférant à l’ensemble une atmosphère érudite et stimulante. Le plafond à la française est remplacé par un plafond de faïence conçu par Prosper Jouneau. Auguste Tolbecque qui fit l’acquisition de cette œuvre en 1900 possédait déjà plusieurs pièces du même artiste. Ce plafond, composé de caissons marqués d’un fleuron au centre, s’organise autour d’une coupole centrale aux décors donnant l’illusion de camées résultant de la technique de la pâte sur pâte. Sur un fond vert foncé se déclinent alors divers motifs de candélabres, griffons et végétaux. En 1922, la mise en place d’une vente aux enchères est décidée devant la difficulté d’obtenir une offre simultanée pour le Fort-Foucault et l’ensemble des collections. Pour organiser cet évènement et présenter l’ensemble des instruments, mobiliers et objets d’art accumulés, un grand catalogue illustré est imprimé et vingt-cinq cartes postales sont éditées et envoyées aux potentiels acheteurs. Parmi cette riche collection figure un violon réalisé par Eugène Gand et dédicacé par le grand maître luthier de Paris « À son vieux camarade A. Tolbecque souvenir d’E. Gand ».

Le musicien

Auguste Tolbecque jouait d’un grand nombre d’instruments : piano, violon et violoncelle, instruments anciens et orgue qu’il savait également restaurer. Il fit ses classes de violoncelle dès l’âge de 15 ans sous la direction du maître O. Vaslin et accompagné de son ami Camille Saint-Saëns. Interprète peu connu, les réactions qu’il suscitait auprès du public restent une énigme. Il se produit en 1890 accompagné de sa fille lors d’une soirée offerte par la Croix-Rouge des Deux-Sèvres en faveur des blessés de guerre. Enseignant au Conservatoire de Marseille, il s’y produit également en tant que violoncelle solo au Grand Théâtre. En 1880, il est élu « Chef de l’orchestre de la Société Philharmonique de  Niort » mais démissionnera de ce poste sept années plus tard. Il organise alors des soirées musicales privées : « les soirées du vendredi » et des concerts exceptionnels le dimanche. Fervent défenseur de la musique ancienne, il ne manque pas de mettre à l’honneur des auteurs contemporains tels que J. Brahms. Auguste Tolbecque, le compositeur, demeure mystérieux. Ses musiques aujourd’hui oubliées devaient sans doute servir un but essentiellement pédagogique et divertissant mais aucune des ses compositions n’a pu être enregistrée. Le 22 décembre 1894, Auguste Tolbecque donne à Niort une représentation privée d’une opérette en un acte, « Après la valse », composée de ses mains et écrite par Henri Clouzot. Cette pièce galante et humoristique rencontre un vif succès jusque dans  la capitale mais reste pourtant un cas unique dans la carrière musicale d’Auguste Tolbecque.

Le vocabulaire du violon

TÊTE ou CHEVILLET: Extrémité du manche

MANCHE : Pièce de bois terminée par la tête permettant le placement des cordes et l'ajustement de leur tension.

CAISSE DE RÉSONANCE : Partie creuse comprise entre la table d’harmonie et le fond reliés par les éclisses.

Volute : Motif ornemental en forme de spirale décorant généralement la tête.

Cheville : Pièce généralement en bois disposée latéralement sur laquelle s'enroule chaque corde afin d'en régler la tension.

Sillet : Pièce généralement en ébène située à l’extrémité supérieure du manche dirigeant les cordes vers les chevilles.

Touche : Longue et fine pièce généralement en ébène plaquée sur le manche et permettant de poser les doigts sur les cordes.

Table d'harmonie : Face supérieure de la caisse de résonance bombée en érable et percée des ouïes.

Fond : Face inférieure de la caisse de résonance en épicéa légèrement bombée.

Éclisse : Ruban de bois courbé utilisé pour rassembler la table d’harmonie en érable et le fond afin de constituer la caisse de résonance.

Ouïe : Orifice taillé dans la table d’harmonie pouvant prendre des formes variables et disposé symétriquement sur un violon.

Chevalet : Pièce placée entre les cordes et la table d’harmonie permettant notamment de maintenir l’espacement entre les cordes.

Cordier : Pièce en bois ou en métal permettant à la fois de maintenir les extrémités des cordes mais également de régler leur tension au moyen de petits tendeurs.

Bouton : Pièce maintenant le cordier à la caisse par une attache.

Source

Christian GENDRON, Auguste Tolbecque, luthier et musicien, Musées de Niort, 1997.

Générique

Conseillers scientifiques:
Christian Gendron, Musées de Niort.
Fabienne Texier, Musées de Niort.

Rédaction:
Audrey Saulières.
Alienor.org, Conseil des musées.

Réalisation graphique et technique:
Audrey Saulières.
Vincent Lagardère.
Alienor.org, Conseil des musées.