Au cœur d'une nécropole néolithique... Les tumulus de Bougon

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Le néolithique en questions...

Quand ?

La Préhistoire se décompose entre le Paléolithique, le Mésolithique et le Néolithique. Le Néolithique a pris naissance au Proche-Orient aux alentours de -12 000 av. J.-C. Ce processus est arrivé en France vers – 6000 av. J.-C.

Quel mode de vie ?

L’homme du Néolithique est sédentaire, il habite dans des maisons regroupées en village. Devenu agriculteur, il cultive des céréales qu’il transforme en galettes ou en bouillie pour se nourrir. Les hommes élèvent aussi des animaux : vaches, moutons, chèvres ou encore cochons. Ils sont aidés du chien, déjà leur compagnon.

Quelles nouveautés ?

Les hommes du Néolithique continuent à tailler la pierre et commencent aussi à la polir pour fabriquer des haches, par exemple. Ces haches leur permettent d’entreprendre des travaux de déforestation nécessaires à la construction de leur village et pour dégager des champs propices à l’agriculture. En devenant sédentaires, les hommes ont éprouvé de nouveaux besoins. Ils inventent aussi la poterie, le tissage et très certainement la vannerie.

Les hommes du Néolithique sont aussi à l’origine du mégalithisme, des constructions réalisées avec de grandes blocs de pierre. Il en existe deux catégories principales. Les menhirs sont des pierres verticales plantées dans le sol dont on ne connaît pas la fonction réelle. Les dolmens sont constitués d’une ou plusieurs pierres horizontales reposant sur des pierres verticales et ont une fonction funéraire. L’ensemble était toujours recouvert d’un tumulus, un tas de pierres et de terre, souvent disparu aujourd’hui. Dolmens et menhirs pouvaient être construits seuls ou regroupés..

Les tumulus de Bougon

Qu'est-ce qu'un tumulus ?

Un tumulus est un monument funéraire collectif. D’une manière générale, il est composé d’une chambre funéraire (dolmen) à laquelle on accède par un couloir. L’ensemble est recouvert d’un amoncellement de matériaux divers appelé tumulus. Quand plusieurs monuments sont regroupés, comme à Bougon, il s’agit d’une nécropole.

Voyage au cœur d'une nécropole...

tumulus A

1. Fouilles
- 1840 : MM. ARNAULT, BAUGIER, SAUZÉ.
- 1978 - 1980 : M. MOHEN.

2. Datation
- Construction au début du IVe millénaire av. J.-C.
- Réutilisation au IIIe millénaire av. J.-C.

3. Description
Le tumulus circulaire (40 mètres de diamètre, hauteur moyenne de 4 mètres) est formé de trois parements successifs. Le dolmen (L : 7,80 mètres ; l : 5 mètres ; h : 2,25 mètres) est constitué de piliers taillés et régularisés, implantés légèrement inclinés pour supporter le poids de la dalle de couverture, évaluée à 90 tonnes.

Les trois périodes d’occupations successives ont livré de nombreux restes osseux, des poteries, des parures (perles en calcaire et en coquillages, dents perforées d’animaux), épingles en os, pointes de flèches en silex, haches polies, divers outils en os (lissoirs, poinçons) et en silex (lames, couteaux…) ainsi qu’une hache marteau en diorite. Un crâne doublement trépané et un autre triplement trépané ont été découverts. On estime à 200 le nombre d'individus inhumés (chiffre extrapolé à partir de l'étude d'un des trois niveaux).

tumulus B

1. Fouilles
1978-1981 : M. MOHEN.

2. Datation
- Construction au IVe millénaire av. J.-C. puis réutilisation au IIIe millénaire av. J.-C.

3. Description
Long de 36 mètres, orienté selon un axe est/ouest, ce tumulus renferme : deux coffres ouverts sur le sommet du monument et deux petits dolmens le B1 et le B2. Le dolmen B1, rectangulaire est formé de quatre dalles monolithes. Une cinquième dalle assure la couverture de cette chambre funéraire. Le dolmen B2 est constitué de parois de pierres sèches sans doute doublées avec des dalles verticales. Quarante individus ont été identifiés. Ces deux dolmens recelaient de nombreux objets : épingles en os, haches polies, outils en silex (grattoirs, éclats, lames), poteries, perles en variscite et en calcaire, et des pointes de flèches.

tumulus C

1. Fouilles
Pour C1
- 1845 : MM. ARNAULT, BAUGIER, SAUZÉ.
- 1980 - 1983 : M. SCARRE
Pour C2
- 1845 : MM. ARNAULT , BAUGIER, SAUZE.
- 1982 – 1986 : M. SCARRE.

2. Datation
- Construction au IVe millénaire av. J.-C

3. Description
Cet ensemble comporte trois phases de construction :
1. un tertre circulaire avec une chambre funéraire (C1)
2. un grand massif rectangulaire (C2) de type terrasse,
3. un tertre conique sans parement extérieur qui recouvre C1 et C2.

Des fragments de céramique, pointes de flèche en silex, outils en silex (couteau, lamelle, lame, éclat) ont été découverts dans le C1 et dans le C2, de rares vestiges ont été mis au jour devant le parement extérieur. Une dizaine d'individus ont été identifiés.

tumulus D

Il ne s'agit pas, ici, d'une structure funéraire. Néanmoins, l'emploi du terme "tumulus" concernant cette structure allongée en pierre (muret ?) a été maintenu pour rattacher cet élément à l'ensemble de la nécropole.

tumulus E

1. Fouilles
- 1840 : M. SAUZÉ.
- 1973-1975 : M. MOHEN.

2. Datation
- Construction et utilisation au Ve et réutilisation au IVe millénaire av. J.-C.

3. Description et fonctionnement
Le tumulus E, long de 22 mètres, contient deux dolmens à couloir (E1 et E2) érigés en pierres sèches. E1 est circulaire et E2 est rectangulaire mais il devait être circulaire à l’origine. Les vestiges osseux très abîmés ont permis d’attester la présence d’au moins quinze corps (adultes et jeunes enfants) dans chaque chambre funéraire. Quelques outils en silex (lames, éclats, grattoirs), nucléus en silex, pointes de flèches en silex, parures (dents animales perforées et perles en calcaire ou en variscite), haches polies en fibrolite ont été retrouvés.

tumulus F

1. Fouilles
- 1840 : MM. ARNAULT, BAUGIER, SAUZÉ.
- 1968 : M. BURNEZ. - 1972 - 1982 : M. MOHEN.

2. Datation
- Du Ve millénaire au IIIe millénaire av. JC.

3. Description et fonctionnement
Le tumulus F est l’ensemble le plus important de la nécropole : 72 mètres de long, 12 à 16 mètres de large et une hauteur moyenne de 3 mètres. Cette structure se compose de 3 parties chronologiquement distinctes :
- Au sud, le tumulus F0 et sa chambre circulaire à couloir, daté du début du Ve millénaire av. J.-C. est le plus ancien de la nécropole.
- Le tumulus central F1 est constitué de massifs quadrangulaires accolés, formés par un muret axial consolidé avec des parements parallèles organisés en degrés.
- Le tumulus F2 et son dolmen ont été rajoutés, au IVe millénaire av. J.-C., sur l’extrémité nord de la structure en place.

Dans le F0 se trouvaient des épingles en os, de la poterie, des parures (pendeloque en dent de loup et défense de sanglier), un nucléus, un petit polissoir, des outils en silex et des pointes de flèches en silex. Dans le F2, le matériel était en très mauvais état : des poteries et des outils en silex, des pointes de flèches, parures, des haches polies et des pics en bois de cervidé.

Une vingtaine d'individus ont été identifiés pour le tumulus F.

Dans le secret des bâtisseurs...

De nombreux questionnements subsistent sur les techniques de déplacement des pierres et de construction des monuments. Dans la nécropole de Bougon, l’une des dalles de couverture pèserait près de 90 tonnes. Plusieurs hypothèses sont défendues. L’une d’elle consiste à imaginer un chemin de halage pour transporter les pierres. Pour ériger une dalle, les hommes utilisaient sans doute des leviers et s’aidaient d’une chèvre, c’est-à-dire un assemblage de poteaux en bois en forme de triangle.

Les gestes funéraires

Qui sont ces défunts ?

Les sépultures sont collectives. Les morts, déposés sur le sol sont de tous âges, hommes et femmes. On ignore les raisons qui ont abouti au choix des défunts. L’occupation des tumulus pouvait s’étaler sur de longues périodes, 1 000 à 1 500 ans. Les corps pouvaient alors être déplacés afin d’accueillir de nouveaux occupants.
Un anthropologue est un archéologue qui étudie les squelettes. Grâce à son travail, on peut définir la cause de la mort ou comprendre certains gestes pratiqués comme la trépanation des crânes.

Des morts accompagnés...

En général, les morts étaient accompagnés d’objets de prestige, différents des objets utilisés au quotidien. On a retrouvé plusieurs objets considérés comme précieux et produits dans une matière extérieure à la région, signe d’échange entre les populations.

Parmi les offrandes, on trouve aussi très souvent des éléments de parure en coquillage, en os, en dent ou en pierre. De nouveau, la matière première a été sélectionnée de manière symbolique. Par exemple, ce sont les dents des animaux sauvages (sanglier, loup, ours…) qui sont utilisées et non celles des animaux domestiqués. De nombreuses poteries et céramiques sont aussi retrouvées. C’est ce qu’elles contenaient qui avait de l’importance.

Bibliographie sélective

Enfants
Colette Swinnen et Loïc Méchée, « La Préhistoire à petits pas », Actes Sud junior/INRAP, 2008, Arles.

« Les hommes préhistoriques », KIDIDOC, Nathan, 2007.

Adultes

Jean-Paul Demoule, « La révolution néolithique en France », éd La découverte, 2007, Paris.

Jean-Pierre Mohen, « Cultes et rituels mégalithiques. Les sociétés néolithiques de l’Europe du nord », Maison des roches éditions, 2003, Tours.

Jean-Pierre Mohen, Chris Scarre, « Les tumulus de Bougon, Complexe mégalithique du V au IIIème Millénaire », éd Errance, 2002, Paris.

Générique

Conseillers scientifiques et conception :
Élaine Lacroix, conservateur en Chef, Musée des Tumulus de Bougon.
Florence Giacometti , chargée des publics et de la communication, Musée des Tumulus de Bougon.
Séverine Braguier, chargée des publics et de la communication par intérim, Musée des Tumulus de Bougon.
Et l’équipe des guides-animateurs du service pédagogique du Musée des Tumulus de Bougon : Delphine Durand, Émilie Roger et Jérémie Vosges.

Rédaction des textes :
Séverine Braguier, chargée des publics et de la communication par intérim, Musée des Tumulus de Bougon.
Audrey Saulières, Alienor.org, Conseil des musées.

Réalisation graphique et technique:
Audrey Saulières, Alienor.org, Conseil des musées.